André Gide

marc allégret

André Gide & Marc Allégret

La relation amoureuse entre André Gide et Marc Allégret est sans doute unique dans l'histoire de la littérature, unique par l'exemplarité dont l'un des protagonistes, Gide, voulut qu'elle fît montre de ce qu'il imaginait être la pédérastie dans le sens le plus noble de la Grèce Ancienne: un amour entre un amant adulte éducateur et un aimé adolescent formé à la beauté de l'art et à la noblesse du caractère par son amant. Si au départ cet amour naquit du charme et de la beauté du jeune Allégret, si elle fut une relation avant tout basée sur l'attraction sexuelle, elle évolua très vite vers cet idéal grec dont Gide avait été imprégné par ses fréquentes lectures de Virgile. Les cahiers de la Petite Dame sont là pour le dire: Gide était fasciné par le charme, l'insolence, la beauté de Marc, comme il souffrit de ses mouvements de révolte, de ses mauvaises humeurs, de ses tendances aux expériences nouvelles desquelles Gide serait écarté, mais si l'on excepte une brève aventure de Marc avec Cocteau, expérience tentée plus par provocation que par goût - Cocteau était un charmeur - Gide n'était guère jaloux, son amour pour Marc, il le voyait, et de plus en plus, comme une relation de maître à élève; Gide sera constamment soucieux de l'avenir de Marc, de son éducation, de l'ouverture à la culture de cette jeune âme encore vierge et peu domestiquée, pour ne pas dire inculte - il faut lire leur correspondance (1) pour apprécier l'orthographe totalement fantaisiste de Marc en même temps que son lent éveil à la littérature -  il vivra cette relation comme un Bildungsroman, un roman d'apprentissage tel que le conçut Goethe dans ses Années d'apprentissage de Wilhelm Meister. Avec le temps, et surtout depuis leur voyage au Congo, les relations entre Gide et Marc se transformeront en une belle amitié qui résistera au temps, puisque Marc sera, fidèle jusqu'au bout, aux côtés de Gide mourant. Marc Allégret aura été le grand bénéficiaire de cette relation, grâce à Gide il est sorti d'un milieu familial étouffant et étriqué, s'est ouvert au monde de l'art et de la beauté, et a pu s'adonner à ce qui finalement était sa vraie passion: le cinéma, même si Gide ne l'aura jamais totalement converti à l'homosexualité, Marc sera finalement un homme à femmes. Quant à Gide, on peut, et les cahiers de la Petite Dame (2) le confirment, parler d'un amour qui non seulement le maintint dans une jeunesse qui étonnait ses amis, mais ne cessa de nourrir sa créativité; car si l'ombre de Madeleine plane sur son oeuvre, c'est à Marc qu'est dédié ce qui consitue son oeuvre majeure, Les faux-monnayeurs. C'est par cette complicité dans l'apprentissage à la vie, qui laisse toute sa place à la sexualité et à la liberté des complices, que cette relation est exemplaire.

(1) "André Gide - Marc Allégret  Correspondance 1917-1949 "  GALLIMARD "Les cahiers de la NRF".

(2) " André Gide  Les cahiers de la Petite Dame " Tomes I à IV  GALLIMARD  "Les cahiers de la NRF" 4 volumes