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andré gide

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"Il avait du talent, mais pas de génie", c'est ainsi que les contemporains de Jacques-Emile Blanche le jugeaient en tant que peintre. Portraitiste, influencé par le portrait anglais du XVIIIème siècle, de Lawrence et de Gainsborough, Blanche faisait déjà en son temps figure d'artiste dépassé, alors même qu'il était contemporain de Manet, de Matisse, et plus tard dans sa carrière, de Picasso, de Braque et du cubisme. Fils et petit-fils d'illustres médecins parisiens, fortuné - une fortune qui lui sera constamment reprochée - Blanche souffrira toute sa vie de son incapacité à se faire une place dans le monde de la peinture, en pleine effervescence en ce début du vingtième siècle. Conscient de ses insuffisances, de l'académisme dont il ne parvient pas à sortir, c'est par l'écriture qu'il tentera de se faire un nom et une place dans le monde culturel de son temps. Et c'est là qu'intervient un personnage qui jouera un rôle essentiel dans son existence; c'est à un dîner chez la princesse Ouroussof, que Proust fréquentait également, que Gide et Blanche firent connaissance, le fait est qu'il s'établit immédiatement une amitié et une longue correspondance entre les deux hommes. Correspondance déséquilibrée, en nombre, les lettres de Blanche sont deux fois plus nombreuses que celles de Gide, en qualité, la correspondance de JacquesEmile Blanche est faite de longues lettres, véritables confessions d'un homme malheureux, pessimiste face à son évolution d'artiste, à sa vie de couple - son mariage avec Rose fut un mariage blanc par suite de son impuissance physique, et il dut supporter toute sa vie la présence constante de ses deux belles-soeurs célibataires et dictatoriales - en même temps que d'un appel à l'aide adressé à l'illustre écrivain, son cadet de huit ans, pour l'aider dans sa carrière d'écrivain. Cette émouvante correspondance n'eut guère de résonnance profonde chez Gide, qui se contentait de réponses brèves, d'encouragements superficiels, et de conseils pratiques dans le domaine de l'écriture, malgré les serments d'amitié répétés. Gide l'aidera à terminer l'unique roman de Blanche, Aymeris, mais il se refusera à intervenir pour faire accepter par Gallimard ses essais sur la peinture. Pire encore, dans son Journal 1889-1939, Gide n'épargnera guère Blanche, qui sera ulcéré par ce qu'il considère comme une trahison de leur amitié:  5 novembre 1916 "L'amour, les sentiments d'humanité, de justice, le défi, le dépit, l'orgueil même, tout ce par quoi s'obtient le renoncement, lui (J-E.Blanche) font également défaut. Et il ne sait pas que cela lui fait défaut. Il sait qu'il n'a pas cela; il ne sait pas que cela lui manque.Ou, comme on dit vulgairement: cela ne lui manque pas. Il n'a pas d'imagination".* Blanche ne renoncera pourtant jamais à cette amitié, marquée par une admiration sans failles de l'aîné, Blanche, pour le plus jeune, Gide, dont il admire l'oeuvre en devenir, une oeuvre qu'il suivra avec un intérêt constant, de Paludes aux Caves du Vatican. La carrière littéraire de Blanche évoluera, face à l'échec de son roman, vers une suite d'essais sur la peinture et de mémoires sur la société de son temps, dotés d'une réelle qualité d'écriture et d'un grand intérêt historique, La pêche aux souvenirs, les Lettres d'un artiste et les Propos de peintre ont résisté au temps. Car c'est par sa fréquentation de tout ce que la France et l'Angleterre, pays pour lequel Blanche ressentait une véritable passion, comptaient de célébrités littéraires, artistiques et politiques, qu'il recevait dans son hôtel particulier d'Auteuil ou dans son manoir d'Offranville, en Normandie, que Jacques-Emile Blanche nous intéresse encore aujourd'hui. Sa correspondance avec Gide, nous éclaire à la fois sur la mélancolique destinée d'un homme doué d'une grande sensibilité et d'un ardent besoin d'amitié, auxquels Gide ne put répondre que très partiellement, emporté par un égocentrisme propre aux grands artistes, et sur l'oeuvre même de Gide, qu'il avait, bien mieux que d'éminents critiques, comprise et aimée tout au long de son évolution. Grâces lui en soient rendues! 

"André Gide-Jacques-Emile Blanche Correspondance 1892-1939 "  Les cahiers de la nrf  GALLIMARD 384p.

" Jacques-Emile Blanche Le peintre et l'écrivain" Georges-Paul Collet - BARTILLAT 567p. 28€

" Propos de peintre- Préface de Marcel Proust" Jacques-Emile Blanche - SEGUIER 427p.21€

 

Portraits de Proust et d'André Gide, par Jacques-Emile Blanche ( Musées d'Orsay et de Rouen). Le portrait de Proust au catleya a rendu J-E.Blanche célèbre jusqu'à aujourd'hui, si ce n'est son nom, du moins le portrait!

* Journal 1889-1939 André Gide pp.582-583 Gallimard-La Pléiade