IMG_0346 Du château de Lacoste ( anciennement La Coste), demeure familiale des Sade, il ne reste que ruines. Racheté il y a quelques années déjà par Pierre Cardin, qui a restauré une tour pour en faire une résidence secondaire, et aménagé, très mal, quelques salles au rez-de-chaussée pour y exposer des pièces de mobilier ou d'art décoratif de sa collection personnelle, souvent très laides, le château est devenu un centre d'exposition d'art contemporain sans âme, même le village, modestement agrippé à ses pieds, a en grande partie été racheté par le couturier qui, en le transformant en centre de boutiques d'art et en magasins d'antiquités, l'a définitivement tué. C'est peut-être la façade, impressionnante muraille aveugle en demi-cercle, percée par une modeste porte, qui évoque le mieux le "Divin marquis" et ses supposées turpitudes, effectuées à l'abri de cette imposante muraille. Mais c'est de loin, de la vallée, ou de Bonnieux, que le château du marquis paraît le plus impressionnant; perché au-dessus de son village, il semble menacer toute la vallée centrale du Lubéron, une position pleine d'orgueil et de majesté à la fois, expression parfaite d'une aristocratie hautaine et fière de sa puissance, qui ne pouvait que faire enrager les révolutionnaires qui, en 1792, le pillèrent et le transformèrent en carrière, comme tant de prestigieux bâtiments de l'époque, au moment même, ô ironie, où Monsieur Sade, tel qu'il s'appelait lui-même, libéré de sa prison par la Révolution, était un membre très actif de la Section des Piques! Et après tout, il valait mieux que disparût ce qui eût pu devenir une sorte de" Musée du masochisme et du sadisme", un parc d'attraction à faire frémir les touristes avides de sensations fortes, qui ne connaissent Sade que par la légende, par essence peu soucieuse de vérité historique.

IMG_0387C'est peut-être, à quelques dizaines de kilomètres de Lacoste, au château de Saumane*, qu'on retrouvera le mieux ce que fut l'existence de Sade jusqu'à ses années d'emprisonnement. Posée sur un impressionnant socle rocheux, lui-même surmonté d'une muraille de granit cyclopéenne, une élégante demeure renaissance domine un vallon boisé. A ses pieds, un modeste village qui, tel une proue de navire, se termine par une chapelle à pic sur le vallon. Telle fut la demeure de l'abbé de Sade, oncle du marquis. Libertin, comme son neveu, homme d'une immense culture, épicurien amateur de beaux jardins, il ne fut guère, paresse d'épicurien oblige, d'une grande utilité à son neveu dans ses tracas avec la justice, mais le marquis * aimait l'oncle et sa demeure, où il passa une grande partie de son enfance à en explorer les caves et les passages secrets, à courir sans doute dans les  forêts environnantes, impressionné à la fois par la majesté du site, le silence qui y régnait, la beauté des jardins en terrasse, le bruissement des fontaines et les parfums des fleurs, qui l'inspirèrent sans aucun doute pour imaginer le sinistre château de Silling des Cent vingt journées de Sodome, protégé par ses montagnes et ses forêts impénétrables.

 

 

* Le château de Saumane est fermé pour travaux de restauration jusqu'en décembre 2014.

* Le titre de marquis était un titre de courtoisie attribué à l'aîné des héritiers mâles du titre paternel. A la mort de son père, Sade sera le comte de Sade. Et connu comme tel de son temps. Mais la postérité en a décidé autrement, le titre de marquis convenant sans doute mieux à l'adjectif  "Divin" qui lui est associé!