53d28c5235702004f7d8db4eBAYREUTH

Le plus ancien des festivals - il eut sa première en 1876 - et sans aucun doute le plus célèbre, à la fois pour des raisons historiques et politiques - l'influence dictatoriale de Cosima, la veuve de Wagner, les relations de Winifred Wagner, sa belle-fille, avec Hitler, les luttes intestines dans la famille qui l'ont fait comparer à celle des Atrides - et pour sa politique d'exclusivité wagnérienne. Longtemps considéré comme un must par les plus grands chefs d'orchestre et les plus illustres chanteurs, qui considéraient leur présence à Bayreuth comme le couronnement de leur carrière, le festival est aujourd' hui en déclin, on en veut pour preuve la disponibilité de tickets pour cette saison, la veille de l'ouverture, alors qu'il fallait parfois attendre dix ans pour obtenir enfin une place, et l'absence, la première fois depuis dix ans, d'Angela Merkel à l'ouverture cette année. Il est fini le temps des grandes créations, celle d'un Patrice Chéreau et d'un Pierre Boulez pour le Ring du centenaire, en 1976, qui fit date, ou les premières mises en scène audacieuses du dernier petit-fils du compositeur, le tyrannique Wolfgang Wagner, décédé il y a peu, laissant l'héritage  à deux arrière-petites-filles de Wagner, qui se détestent et n'ont guère convaincu avec des réalisations d'une provocation gratuite. Ceci étant dit, il n'en reste pas moins qu'assister à ce festival reste une expérience unique et inoubliable: il y a l'acoustique exceptionnelle de cet "abîme mystique", fosse d'orchestre mi-enterrée, faite sur mesure pour les oeuvres de Wagner, la beauté du site, de cette petite ville baroque de Bavière entièrement offerte aux festivaliers qui, le soir, après le spectacle, y déambulent en tenue de soirée, le charme du défilé de ces mêmes festivaliers qui, à la lumière douce du soleil couchant, se rendent au théâtre à pied, par la longue allée bordée de tilleuls qui mène à la "Colline sacrée". Un public d'amateurs et de connaisseurs, de ces Wagnériens intransigeants sur la qualité et le respect des  exigences du Maître, au détriment parfois de l'audace et du renouvellement, un public élégant mais sans snobisme qui, aux entractes, discute avec feu des qualités de l'oeuvre présentée,  et ce devant une énorme chope de bière! Pour finir, en guise de clin d'oeil, on citera le conseil d'Albert Lavignac qui, dans son livre Le voyage artistique à Bayreuth, publié en 1900, disait: " On va à Bayreuth comme on veut, à pied, à cheval, en voiture, à bicyclette, en chemin de fer, et le vrai pélerin devrait y aller à genoux".

 

SALZBOURG

 

C'est le festival de la démesure, tout y est énorme: la salle du festival dont la scène convient mieux à une Aïda qu'à un opéra de Mozart, la présence envahissante, fût-elle postume, d'un Karajan, qui y régna en maître absolu durant plusieurs décennies, avec tous les excès d'égocentrisme qu'on lui connaît, le coût des places, les sommes énormes, couvertes par des mécénats prestigieux, englouties dans ce festival sans doute le plus coûteux, le conservatisme d'un public essentiellement mondain, la timidité de la programmation, l'absence de toute prise de risque - à l'exception de la période de direction de Gérard Mortier, qui fit hurler le public par ses audaces, et  qui finit par prendre la fuite, un départ plus ou moins imposé - à peine compensés par une affiche prestigieuse de chefs et de chanteurs, grassement rémunérés. Le festival idéal pour tous les amateurs de people qui prennent plaisir à voir au pied des marches du Mozarteum, descendre de rutilantes Bentley ou autres Rolls, les célébrités du bottin mondain.

 

 

 

photoGLYNDEBOURNE

 

Sans aucun doute le plus raffiné de tous les festivals: raffinement dans le choix du programme, d'un éclectisme exceptionnel, qui mène de Haendel à Britten, avec parfois des créations contemporaines, raffinement des lieux, raffinement dans le choix des chefs d'orchestre, des chanteurs, des metteurs en scène, presque tous Britanniques -on connaît l'exigence de qualité des Anglais dans le domaine du chant et de la mise en scène ( on y verra souvent William Christie ou David McVicar) - qui font des oeuvres présentées des références. Fondé dans les années vingt du siècle précédent par un riche mécène amateur d'art lyrique, qui, au départ, fit représenter des opéras de chambre dans les salons de sa somptueuse demeure de style Tudor, pour ensuite construire une vraie salle, remplacée il  y a peu par une salle de la taille des plus prestigieux opéras, munie de tous les perfectionnements techniques, le Festival de Glyndebourne a aujourd'hui pris sa place parmi les grands festivals, y ajoutant cette marque très particulière du goût anglais pour la musique et pour la nature: aux entractes, le public en tenue de soirée se disperse dans les beaux jardins de la propriété, on s'y installe à même le gazon ou sur des modestes chaises de camping, pour y déguster des sandwichs au saumon et aux concombres, accompagnés d'une coupe de Champagne dont la bouteille aura été gardée au frais dans ce qu'on appelle assez vulgairement un "Frigo Box"!  Ce mélange de simplicité campagnarde et d'élégance mondaine, de qualité musicale et vocale, d'audace et d'humour, qualités éminemment britanniques, font tout le charme de ce festival.

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 AIX-EN-PROVENCE

 

safe_imageIl règne à Aix-en-Provence une atmosphère "Siècle des Lumières", très aristocratiques, due à la beauté de ses nombreux hôtels de maître du dix-huitième siècle, au charme de son célèbre Cours Mirabeau et de ses vieux platanes, à ses nombreuses fontaines, à sa population jeune, d'une élégance très décontractée, qui confèrent à ce festival un cachet très particulier, très proche de l'élégance de Glyndebourne, mais urbaine et française. Aix attire aujourd'hui toute la nouvelle génération de chefs, de chanteurs et de metteurs en scène, il est devenu un must dans ce domaine. Programmation très éclectique, qui inclut presque toujours une création contemporaine, interprétations qui font souvent date dans la représentation d'une oeuvre, public élégant mais décontracté, jeans et polos, fussent-ils griffés. Beauté de la cour de l'archevêché, charme de la douceur de l'air, de la beauté du chant, de la qualité de l'interprétation musicale, font des représentations de ce festival un pur moment de bonheur.