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Le Livre VI des Confessions de Rousseau est sans aucun doute le plus beau de ce merveilleux ouvrage. Presqu'entièrement dédié aux années passées aux "Charmettes", charmante maison de campagne, avec Madame de Warrens, il se termine sur un drame qui va déterminer toute l'existence de Rousseau: son voyage à Montpellier pour y consulter un médecin va être l'occasion d'une rencontre avec une compagne de voyage, une dame de Larnage, dont il s'éprend. La raison l'emportera sur sa "folie amoureuse", et il reviendra à "Maman" et aux "Charmettes"...mais pour y trouver sa place prise! Ce sera la fin de sa relation avec madame de Warrens, et le début d'une longue pérégrination, motivée par les persécutions, réelles ou imaginaires, dont il sera, jusqu'à sa mort, la victime. Le récit des années aux "Charmettes" nous dévoile le vrai Rousseau, le solitaire amoureux de la nature, des merveilles de la création de l'Etre Suprême, l'homme aux goûts modestes, le rêveur, l'auteur futur des "Rêveries du promeneur solitaire", celui qui, aujourd'hui, par son amour de la nature, nous paraît plus proche que jamais: "Des promenades plus solitaires avoient un charme plus grand encore, parce que le coeur s'épanchoit plus en liberté". Ces années, Rousseau en conserva éternellement le souvenir, et toujours avec une profonde émotion : "Momens précieux et si regrettés, ah recommencez pour moi vôtre aimable cours; coulez plus lentement dans mon souvenir s'il est possible, que vous ne fites reellement dans votre fugitive succession" * Ces jours heureux, passés à herboriser, à lire, à se promener, l'incitent à la réflexion sur la vie et sur la mort, sur la religion, autant de pensées qui seront à la base de son oeuvre future. Les années aux "Charmettes" constituent pour Rousseau comme une sorte de pause, d'entracte avant un lever de rideau sur ce qui sera pour lui une tragédie, une existence chaotique, à mille lieues des plaisirs champêtres des "Charmettes, une existence qu'il devinait dans ce qui était encore son paradis sur terre: "Il me semblait que je prévoyois le sort qui m'attendoit sur mes vieux jours. Je n'ai jamais été si près de la sagesse que durant cette heureuse époque. Sans grands remords sur le passé; délivré des soucis de l'avenir, le sentiment qui dominoit constamment dans mon ame étoit de jouir du présent." Ou encore: "Ainsi coulérent mes jours heureux, et d'autant plus heureux, que n'apercevant rien qui les dut troubler, je n'envisageois en effet leur fin qu'avec la mienne".

 

Les textes cités sont extraits des "Oeuvres complètes" TOME I Les confessions et autres textes autobiographiques" GALLIMARD Collection de La Pléiade.