Ils formèrent le couple littéraire anglais le plus célèbre de l'entre-deux-guerres, en même temps que l'élément charnière du "Groupe de Bloomsbury", avec Vanessa et Clive Bell, Lytton Strachey, Meynard Keynes, Roger Fry, Duncan Grant, E.M.Forster, entre autres.

Leonard Woolf, fonctionnaire en Inde, auteur de plusieurs écrits politiques anticolonialistes, socialiste, secrétaire du parti travailliste, était issu d'une famille juive de la classe moyenne. Sa rencontre avec Virginia Woolf, leur mariage, donnèrent une orientation tout à fait nouvelle à son existence, désormais totalement consacrée à son épouse et à son oeuvre. Car Virginia était une malade, même si les nombreux médecins que le couple consulta diagnostiquèrent une neurasthénie qu'on ne guérirait que par le repos et une bonne alimentation, Leonard avait très vite découvert les tendances suicidaires de sa femme, les hauts et les bas, faits d'exaltation, de brusques silences prolongés et d'absences, dont il était le spectateur impuissant.Il fut le premier, et longtemps le seul, à définir avec précision la maladie dont souffrait Virginia: la psychose maniaco-dépressive. Conscient à la fois de la gravité du mal dont souffrait Virginia, et de l'élément essentiel que constituait cette maladie pour l'élaboration de son oeuvre, il eut pour tâche de la soutenir, à la fois sur le plan physique et intellectuel, d'éviter à son épouse toute tentative de suicide, de l'encourager dans sa créativité, dépendante du mal dont elle souffrait.On sait que s'il parvint à entretenir la flamme créatrice de Virginia, il ne put, hélas, éviter sa fin tragique, son suicide par noyade.

Cette lutte épuisante, Leonard Woolf l'a racontée dans son volumineux "Journal". La maladie de Virginia, la création de la Hogarth Press pour l'aider à se distraire, les nombreuses consultations des plus grandes sommités médicales, les tentatives de mener, le mieux possible, une vie normale, au prix de nombreux déménagements, l'inquiétude face à la dégradation de la santé de Virginia et à sa violence et, surtout, son aide constante dans l'élaboration de l'oeuvre de Virginia, constituent l'objet de ce journal. A lire ce petit ouvrage, florilège des textes les plus significatifs de l'énorme "Journal" de Woolf, on peut conclure, comme l'a dit un critique littéraire, que Leonard Woolf a permis à Virginia, grâce à sa présence et à son aide constantes, de vivre assez longtemps que pour produire l'oeuvre que nous connaissons.

 

"Ma vie avec Virginia"  Leonard Woolf  LES BELLES LETTRES  155p. 13,50€

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