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On lit, et on relit les Mémoires d'Outre-tombe, mais de lecture en lecture on les lit différemment. Quand on s'y plonge pour la première fois, fasciné par le style de l'écrivain, par l'intérêt que suscite sa vie aventureuse d'homme politique et de grand romantique face à la nature, on ne rate pas une page, même pas une ligne. Plus tard, comme me le confiait une amie à propos d'une de ses relecture des "Mémoires", on "picore" dans l'oeuvre; car les centres d'intérêt se déplacent, c'est désormais moins le Ministre des Affaires Etrangères ou l'opposant à Charles X qui intéressent que le fondateur du romantisme en littérature, l'homme qui s'extasie devant la beauté de la nature sauvage de l'Amérique du Nord, ou celui qui, plongé avec nostalgie dans une jeunesse lointaine, se penche sur les interminables heures de solitude dans le sinistre château de Combourg. Ce sont les pages les plus belles, celles qui décrivent les longues promenades dans les landes de Combourg, ou sur les plages de Saint-Malo, images d'une jeunesse solitaire, inquiète, sensible au monde vivant de la nature, face au monde inquiétant et fermé de la société à laquelle il appartient, celle d'une aristocratie en voie de perdition, représentée par un père sombre, taiseux, dont les pas résonnent dans la grande salle du château. C'est dans ces pages intimes, que l'on découvre le grand Chateaubriand.