Il me faut l'avouer: je ne suis guère amateur de la "Littérature" des hommes politiques, mais qu'un Premier Ministre publiât un livre sur la lecture me paraît suffisamment exceptionnel pour qu'on s'y arrêtât. Disons-le de suite, ce livre est un non-événement, en ce sens qu'il ne nous apprend rien de vraiment  neuf, ni sur le livre, ni sur la lecture, qui n'ait déjà été dit; la nouveauté, c'est que ce soit un ministre qui en parle.

Dans un premier chapitre, l'auteur nous apprend qu'il a découvert la lecture et le livre par L'Enfer de Dante, excusez du peu, du moins par ses premières strophes, que son père lui lut à haute voix alors qu'il n'avait que six ans. Sa vraie découverte de la littérature, ce furent le Cyrano de Rostand et Les Misérables de Victor Hugo. L'occasion de souligner l'importance de la lecture orale, une façon de plus en plus utilisée, grâce aux moyens modernes de communication, pour faire découvrir la lecture. Et l'auteur de donner comme exemple la découverte émerveillée, excusez, une fois encore, du peu, du Faust de Goethe par son fils de dix ans, qui l'avait écouté sur France Culture! Mais ce qu'on attendait sans doute le plus de l'auteur, c'est sa vision de la lecture dans le domaine public. Le Havre, dont il fut le maire, possède de nombreuses et belles bibliothèques, la plus récente se situe dans "Le Volcan" d'Oscar Niemeyer, impressionnante coupole située au bord des anciens quais de la ville. Philippe souligne, avec raison, qu'il ne suffit pas d'attirer les citoyens dans les bibliothèques, de les faire venir aux livres, il faut aussi que le livre aille vers eux, et c'est ici que le Havre fait preuve d'imagination en créant des "Points livres", mini bibliothèques de maximum 5000 livres, dispersées un peu partout dans la ville, dans des lieux inattendus: galeries commerciales, restaurants, gares...! Ajoutons-y les "Livres nomades", livres déposés sur un banc, sur un siège du tram, abandonnés là pour qu'ils soient recueillis et lus, pour être à nouveau disposés, ou non, pour d'autres lecteurs. C'est donc une vision très globale de la lecture, de sa découverte et de son apprentissage. On sautera le chapitre sur sa passion pour la boxe, si ce n'est qu'il en profite pour souligner l'intérêt du Rap et de ses textes, qui vont du meilleur au pire.Le Ministre, enfin, nous parle de ses coups de coeur en littérature. Il avoue, et on apprécie sa modestie, n'avoir jamais lu, ni Proust, ni Hemingway, ni Joyce, ni Kafka, ni Modiano, et de n'avoir découvert que tardivement Flaubert, à l'âge de vingt ans, via Salammbô, qui n'est pas le meilleur Flaubert, sans, à ce jour, avoir lu Madame Bovary! Sa préférence, homme politique oblige, va aux grandes biographies d'hommes d'Etat, celles de Churchill, de Mendès France, de Jaurès, de Blum et...du général de Gaulle, ce qui ne l'empêche pas d'adorer Chateaubriand et Céline. La poésie, pour lui, s'arrête à Mallarmé; mais il aime les textes de Bob Dylan, de Bruce Springsteen et de Léonard Cohen, ce qui est assez intéressant quand on songe aux critiques qui se sont élevées lors de l'attribution du Prix Nobel de Littérature à Dylan. Enfin, quelques anecdotes amusantes sur le livre, telle celle qui concerne le maire de Deauville, qui lors des dîners qu'il organise, offre à ses hôtes un livre,posé sur leur serviette, ou cet aphorisme, que je partage, comme tout lecteur assidu: " Un livre prêté est un livre perdu". On l'aura compris, le Premier Ministre ne prête jamais ses livres!

 

" Des hommes qui lisent" 248p.

EDOUARD PHILIPPE

JC Lattès