Décès de Pierre Bergé.

Je n'ai jamais aimé l'homme, peut-être à cause du livre de portraits (1) qu'il a consacré, entre autres, à la liaison qu'il a entretenue avec le peintre Bernard Buffet. Ce dernier connaissait lors de leur liaison une célébrité mondiale comme peintre : château, Rolls, Jet Set, un succès que Bergé partageait et entretenait sans doute partiellement grâce à son talent d'homme d'affaires, comme il le fera plus tard avec Yves Saint-Laurent, une valeur plus sûre, jusqu'au jour où la peinture de Buffet, surévaluée, moquée, disparut des musées et des salles de vente, et commença alors une lente descente aux enfers d'un homme brisé, devenu alcoolique...que Pierre Bergé abandonna à son triste sort. Dans son portrait, il évoque l'erreur de Buffet, son attachement à un art dépassé, sans avenir, sans toutefois faire montre du moindre signe d'attachement, de compréhension envers celui qui fut son premier amour. Affaire classée ! Bergé ne supportait pas les perdants.

Cela étant, il faut reconnaitre à Bergé une générosité exceptionnelle comme mécène, - avec parfois des sursauts mesquins de mauvaise humeur, comme lors de sa dispute avec le directeur du Centre Pompidou...qui valut à la National Gallery une rénovation complète de la salle des peintres français du XVIIème siècle, financée par l'association Yves Saint-Laurent/Pierre Bergé, au détriment du Centre Pompidou auquel il réservait primitivement ce geste de mécénat – comme amateur d'art, comme homme passionné de journalisme, et surtout, prêchant par l'exemple, comme défenseur des « différences », homosexualité en première ligne. Son action dans la lutte contre le Sida fut à la fois efficace et généreuse.

Un portrait en demi-teinte, mais n'est-ce pas le sort de toute destinée humaine ?

 

 (1)  "Les Jours s'en vont, je demeure"   Pierre Bergé   GALLIMARD