Pourquoi cette oeuvre est-elle si peu lue ?

« Pelléas et Mélisande »est en effet une oeuvre qu'on ne lit presque plus aujourd'hui, et qu'on n'interprète que rarement au théâtre, ce qui n'est évidemment pas le cas de l'opéra éponyme de Debussy, qui a connu, et connaît encore un succès mondial, mérité, car c'est un pur chef-d'oeuvre de la musique.

Maeterlinck n'aimait pas la musique, et il n'a jamais apprécié l'oeuvre de Debussy inspirée de sa pièce, même si il lui doit son immense fortune, due aux plantureux revenus qu'elle lui a procurés. Par contre il aimait la peinture, et bien des peintres se sont inspirés de son oeuvre littéraire, Magritte, de Chirico et Delvaux parmi bien d'autres.

Aujourd'hui on considère son « Pelléas », au pire comme ennuyeux, au mieux comme étrange. Ce chef-d'oeuvre du symbolisme belge est une oeuvre du silence, du non-dit, toute la sensualité de cette oeuvre réside dans l'évocation du drame intérieur par un dialogue réduit au minimum, qui semble n'avoir aucun rapport avec le drame qui se joue, ce qui permet une grande liberté d'imagination au lecteur ou au spectateur. Nous somme ici à l'opposé du « Tristan » de Wagner ; même sujet, Isolde est promise au Roi Marke, mais tombe amoureuse de son plus fidèle et intime ami, Tristan, comme Mélisande, promise à Golaud, s'amourache de son frère, Pelléas. Mais là où les héros de Wagner chantent leur passion, accompagnés par une musique qu'un critique*, utilisant un terme bien dans l'esprit de cette oeuvre empreinte d'un érotisme brûlant, définissait comme «  une musique en érection durant quatre heures », Pelléas et Mélisande expriment leur amour par des regards, par un silence ou par un dialogue qui semble irréel. C'est Gaston Bachelard qui a peut-être le mieux défini ce théâtre : «  Maeterlinck a travaillé aux confins de la poésie et du silence, au minimum de la voix, dans la sonorité des eaux dormantes ».

Assez curieusement, on sort de la lecture de cette pièce profondément marqué par ses personnages ; Mélisande, Golaud, Pelléas continueront à hanter longtemps nos nuits!

 

 

P.S. Pour l'anecdote : « Les Sept Princesses », une des pièces de Maeterlinck, est une des seules oeuvres d'art du monde de la réalité, avec les tableaux du peintre Le Sidaner, cités dans « La Recherche » de Proust. Elle y fait d'ailleurs l'objet de moquerie de la part de la duchesse de Guermantes. J'ignore ce que Proust pensait de l'oeuvre du poète.

 

* Ce critique est Lucien Rebatet. Collaborationniste du Régime de Vichy, antisémite, condamné à une peine de prison à la Libération, Rebatet est un vilain personnage. Bon écrivain, dans son « Une histoire de la musique » il s'avère également être un excellent critique musical, quoique toujours affublé de cet antisémitisme larvé qui lui fait juger injustement des compositeurs d'origine juive, tels Mendelsohn ou Meyerbeer.