svevo

Le titre pourrait faire craindre la biographie d'un écrivain talentueux, mais curieusement dépourvu de toute biographie intéressante!
Certes, la vie d'Ettore Schmidt, Italo Svevo étant son nom de plume, ne fut guère exaltante.
Né dans un milieu aisé de Trieste, qui faisait alors partie de l'Empire Austro-Hongrois, il fut, après une jeunesse somme toute assez banale, employé de banque et ensuite directeur d'une prospère entreprise de peinture pour sous-marins qui appartenait à sa belle-famille. Il écrivit ses romans aux rares heures qu'il ne consacrait pas à son travail, et cela dans une semi-clandestinité, ses premiers romans étant publiés à compte d'auteur et sous un nom d'emprunt.
Les seuls « événements » de cette existence assez banale furent la rencontre de James Joyce, qui enseignait l'anglais dans un institut de langues triestin - ce fut le début, non pas d'une amitié, mais d'une estime réciproque pour leurs oeuvres littéraires - et la découverte de l'oeuvre de Freud, qui devait influencer les romans de Svevo.
Outre ses trois grands romans, qui devaient, mais après sa mort, le rendre célèbre, « Une vie », « Sénilità » et surtout « La conscience de Zeno », il écrivit de nombreux essais, et quelques pièces de théâtre, qui ne sont plus guère lus ou jouées aujourd'hui.
La biographie de Maurizio Serra, déjà l'auteur, entre autres, d'une excellente biographie de Curzio Malaparte, est malgré tout passionnante grâce au cadre dans lequel se déroule l'existence de Svevo, la ville de Trieste, située aux confins de trois cultures - l'allemande, l'italienne et la slave – qui fut au centre d'un incroyable imbroglio politique qui,  prospère cité autrichienne, célèbre pour ses compagnies d'assurance et ses comptoirs maritimes, fut ruinée par la Première Guerre Mondiale, et détachée de son hinterland autrichien suite au Traité de Versailles qui la rendait à l'Italie.
Ce n'était cependant pas la fin de ses malheurs : les « irrédentistes » italiens ne se contentèrent pas de Trieste, ils voulaient la Dalmatie et la Vénétie Julienne, que le Traité ne leur accordait pas. Ce fut la « glorieuse », mais assez ridicule aventure du poète d'Annunzio , qui s'empara de Fiume (aujourd'hui Rijeka en Croatie) pour quelques mois, avant d'être obligé de céder ces territoires au tout nouveau royaume de Yougoslavie.
Svevo mourut en 1928 ; s'il connut les débuts du fascisme - Mussolini le respecta - il échappa aux sinistres « Lois raciales » qui, sous l'influence de Hitler, devenu l'allié de Mussolini, devaient durement frapper les Schmidt, Juifs d'origine.
C'est ce cadre assez étonnant qui donne à la vie de Svevo ce piment qui lui manqua dans son existence quotidienne, un cadre historique amplement documenté par Serra, qui y voyait les causes de l'étonnante « différence » de l'oeuvre de Svevo, une oeuvre en avance sur son temps, comme emportée par le tourbillon de l'histoire dans lequel elle fut créée.

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